Pectus excavatum : quand le sternum se creuse vers l’intérieur

Déformation de la cage thoratique

Le pectus excavatum est une déformation de la cage thoracique dans laquelle le sternum s’enfonce vers l’intérieur, donnant au thorax un aspect « creusé ». C’est la malformation thoracique la plus fréquente, présente dès l’enfance et souvent plus visible à l’adolescence, au moment de la croissance rapide.

Souvent perçu comme un simple détail esthétique, le pectus excavatum peut pourtant avoir des répercussions respiratoires, posturales et parfois cardiaques — particulièrement chez les personnes dont l’activité repose sur une respiration fine et un contrôle corporel précis… comme les musiciens.

À quoi cela ressemble ?

Le creux peut être léger, modéré ou marqué. Il peut être symétrique ou légèrement décalé. Dans les formes importantes, le sternum enfoncé réduit l’espace disponible dans la cage thoracique.

Les professionnels de santé évaluent sa sévérité grâce à l’indice de Haller (mesuré au scanner), qui compare la largeur du thorax à la profondeur du creux.

Quelles conséquences possibles ?

Beaucoup de personnes vivent avec un pectus excavatum sans symptôme majeur. Plus rarement certaines personnes peuvent ressentir :

  • une fatigabilité respiratoire à l’effort (NIH),
  • une sensation de manque d’air,
  • une posture voûtée (compensation naturelle pour « protéger » la zone),
  • des douleurs dorsales ou costales,
  • parfois une compression cardiaque légère dans les formes sévères,
  • une diminution de l’expansion thoracique.

Chez les musiciens à vent, chanteurs, ou instrumentistes très engagés corporellement, cette configuration peut influencer :

  • la capacité d’expansion des côtes,
  • la mobilité du diaphragme,
  • la qualité du soutien respiratoire,
  • l’endurance.

Pourquoi cela concerne les musiciens ?

La respiration du musicien (Acoustics Australia) ne se limite pas à « prendre de l’air ». Elle mobilise finement :

  • les côtes,
  • le diaphragme,
  • les muscles intercostaux,
  • la posture globale,
  • et l’équilibre entre tonicité et relâchement.

Un thorax structurellement creusé peut perturber cette mécanique subtile, parfois de manière invisible mais sensible dans la pratique : difficulté à tenir les phrases longues, tension excessive, compensation par les épaules ou le cou, fatigue inhabituelle.

Peut-on agir ?

Oui. Et pas uniquement par la chirurgie (réservée aux formes très sévères).

La prise en charge repose surtout sur :

  • le travail postural,
  • la kinésithérapie respiratoire,
  • les approches somatiques (Feldenkrais, méthode Alexander, etc.),
  • le renforcement de la mobilité costale,
  • la rééducation du schéma respiratoire.

L’objectif n’est pas de « corriger » la forme du thorax, mais de redonner de la liberté de mouvement à ce qui peut bouger.

À retenir

Le pectus excavatum n’est pas qu’une particularité esthétique.
C’est une configuration thoracique qui peut influencer la respiration, la posture et l’endurance — des éléments centraux dans la pratique musicale.

Mieux le comprendre, c’est souvent permettre au musicien de retrouver des sensations respiratoires plus fluides et de lever des tensions qu’il pensait « normales ».

Docteur A. ICARRE
Médecine des Arts®

Bibliographie

- Binazzi B, Innocenti Bruni G, Coli C, Romagnoli I, Messineo A, Lo Piccolo R, Scano G, Gigliotti F. Chest wall kinematics in young subjects with Pectus excavatum. Respir Physiol Neurobiol. 2012 Mar 15;180(2-3):211-7. doi: 10.1016/j.resp.2011.11.008. Epub 2011 Nov 26. PMID: 2213861.

- Neville R. Fletcher, The Physiological demands of their instrument performance, Acoustics Australia Vol. 28 (2000) No.1 – 53

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