Avant-scène

C’est, comme son nom l’indique, la partie la plus avancée de la scène, celle que les Romains appelaient proscenium ou pulpitum, et sur laquelle les acteurs viennent se placer pour être bien vus et entendus de leurs auditeurs. Elle fait saillie de la scène sur la salle, et comprend tout l’espace compris entre le rideau et l’orchestre, de telle sorte qu’elle reste en vue du public lorsque le rideau est baissé. Quelques personnes prétendent que cette disposition nuit à l’illusion, en amenant les acteurs trop en avant, et en dehors de l’endroit qu’ils sont censés occuper et que la décoration représente ; mais ce n’est là qu’une des mille conventions auxquelles les nécessités de l’action scénique nous obligent à nous plier, et celle-ci est tellement indispensable qu’en l’acceptant on va jusqu’à l’oublier. En effet, les exigences impérieuses de l’acoustique obligent les acteurs à ne point rester sur la scène proprement dite, sous peine de n’être point entendus. Le son de leur voix irait se perdre dans les coulisses, dans les frises, ou bien, dans les décors fermés, n’aurait plus de résonance en allant se heurter contre les toiles des châssis. Entre deux maux il a donc fallu choisir le moindre, et laisser aux comédiens la faculté de venir se placer en quelque sorte au milieu du public, qui ne doit pas perdre une de leurs paroles. Nous ajouterons qu’en Italie, dans les théâtres lyriques, l’avant scène pénètre encore bien plus profondément dans la salle que dans nos théâtres français, et que c’est là surtout ce qui fait paraître les salles italiennes bien plus sonores que les nôtres. Je ne saurais dire ce qu’il en est au point de vue réel de l’acoustique ; mais ce qui est certain, c’est que la voix du chanteur ainsi placé dans le milieu de la salle, pour ainsi dire, trouve toute son expansion, toute sa puissance sonore, n’étant plus gênée par aucun des nombreux obstacles qu’elle rencontre incessamment sur la scène. Il serait à souhaiter que sous ce rapport on nous vît imiter les Italiens dans l’aménagement scénique de nos théâtres lyriques.

Dictionnaire pittoresque et historique du théâtre d ‘Arthur Pougin, 1885.



 

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